Piscine olympique, Beaujoire, Trocardière : les enjeux sportifs que la Métropole décide (sans vous)
Dimanche 15 mars, les habitants de la Métropole ne votent pas seulement pour leur conseil municipal local. Ils élisent aussi leurs représentants au conseil de Nantes Métropole, cette institution qui gère les transports, l'eau, les déchets, et, ce qui nous intéresse ici, les équipements sportifs structurants. Et sur ce point, le silence des candidats est assourdissant.
Car c'est bien la Métropole, pas les communes, qui possède et gère les plus grosses infrastructures sportives de l'agglomération. Le stade de la Beaujoire : Nantes Métropole. Le Palais des Sports de Beaulieu (H Arena) : Nantes Métropole. La salle sportive métropolitaine de la Trocardière à Rezé : Nantes Métropole. Et c'est encore la Métropole qui pilote les deux projets aquatiques les plus ambitieux du mandat à venir.
52 millions d'euros dans l'eau (de piscine)
Le chiffre est impressionnant : 52 millions d'euros. C'est le budget de la future piscine olympique métropolitaine, qui sortira de terre à Rezé en 2029 dans la ZAC Pirmil-Les Isles. Un bassin de 50 mètres et 10 lignes d'eau, un autre de 25 mètres, une tribune de 750 places, une pataugeoire. Du jamais-vu dans la métropole nantaise, où aucun équipement ne permet actuellement aux nageurs de haut niveau de s'entraîner dans des conditions correctes.
Le projet, confié au groupement BVL Architecture, répond à un constat simple : la métropole manque de lignes d'eau. La démographie galopante (l'agglomération gagne environ 8 000 habitants par an) a saturé les piscines existantes. Les créneaux scolaires débordent, les clubs se battent pour des horaires, et les pratiquants libres font la queue. La piscine Léo-Lagrange ou la piscine Petite Amazonie ne suffisent plus.
Deuxième projet, moins spectaculaire mais tout aussi attendu : une piscine intercommunale à Bouaye pour 2030, budget de 16,7 millions d'euros, au service de sept communes du sud-ouest de la métropole restées "zone blanche" aquatique pendant plus de 25 ans. 35 000 habitants sans piscine, 4 000 écoliers qui devaient faire 40 minutes de trajet pour apprendre à nager. Nantes Métropole a déclaré le projet "d'intérêt métropolitain" et prend en charge construction et exploitation.
Deux projets massifs, portés par la Métropole, qui engageront le prochain mandat. Et dont aucun candidat municipal, dans aucune commune, ne parle dans sa campagne.
La Trocardière, symbole d'une gouvernance sportive à deux vitesses
La Trocardière illustre parfaitement cette déconnexion. Cette salle de 4 238 places, inaugurée en 2015, est le domicile du Nantes Basket Hermine. C'est là que Nathan Soliman, 16 ans, a éclaboussé le public de son talent il y a quelques jours. C'est aussi là que le HBC Nantes a évolué trois saisons pendant les travaux du Palais des Sports.
L'équipement est physiquement à Rezé. Les Rezéens vivent avec : circulation les soirs de match, animation du quartier, fierté locale. Mais la salle appartient à Nantes Métropole. La commune n'a aucun levier sur la programmation, la gestion ou les investissements. Parmi les quatre candidats rezéens (Agnès Bourgeais, Yves Mosser, Rachid Zenaïni, Brigitte Dousset), aucun ne se positionne publiquement sur l'avenir de cet équipement ou sur la relation commune/Métropole en matière de sport.
Même logique à Saint-Herblain, deuxième ville de la métropole (50 000 habitants), où Bertrand Affilé (PS, union de la gauche) brigue un troisième et dernier mandat. La ville dispose de complexes sportifs municipaux (Ernest Renan, l'Angevinière, le Val de Chézine), de deux piscines, d'un tissu associatif dense. Mais les enjeux qui comptent vraiment pour le sport herblinois, notamment l'accès aux équipements métropolitains et la coordination avec les clubs pro qui y évoluent, se décident au conseil métropolitain, pas au conseil municipal.
Ce qui se joue vraiment dimanche
Les électeurs de Nantes, Rezé, Saint-Herblain et des 21 autres communes de la métropole ne choisissent pas seulement un maire. Ils désignent aussi ceux qui siègeront au conseil métropolitain et qui auront la main sur le budget sport de la collectivité. Un budget conséquent : la direction des sports de Nantes Métropole mobilise 390 agents, gère 300 équipements et supervise un plan d'investissement de 125 millions d'euros.
Qui, parmi les futurs conseillers métropolitains, portera la voix du sport ? Qui négociera les arbitrages budgétaires entre la piscine olympique de Rezé, la piscine de Bouaye, la rénovation de la Beaujoire, la modernisation des gymnases de quartier ? Qui défendra les intérêts des clubs de haut niveau comme le HBC Nantes, les FC Nantes Féminines ou les Corsaires ?
On le sait depuis janvier : Ali Rebouh, vice-président sortant en charge du sport de haut niveau, ne se représente pas. C'est lui qui a porté le dossier de la piscine olympique, supervisé la rénovation de la Beaujoire, accompagné les clubs pro. Son départ laisse une place vacante, et la question est ouverte : qui reprendra le flambeau ? Le profil du ou de la prochaine vice-présidente en charge du sport pèsera lourd sur l'avenir de ces dossiers. C'est un sujet qui concerne les 60 000 licenciés de la métropole, les 384 clubs subventionnés, et tous ceux qui, un mardi soir, cherchent un créneau en gymnase ou une ligne d'eau libre.
Le sport métropolitain mérite mieux qu'un angle mort électoral. On le disait déjà pour Nantes, c'est encore plus vrai à l'échelle de la métropole.
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