Programmes sport à Nantes : le grand silence des candidats
Lundi 9 mars, six candidats à la mairie de Nantes se sont retrouvés pour un débat télévisé sur France Bleu Loire Océan et ICI Pays de la Loire. Pendant plus d'une heure : sécurité, logement, transports. Le mot "sport" ? Quasi absent. Et c'est le cas depuis le début de la campagne.
Nantes, c'est pourtant 384 associations sportives subventionnées, plus de 60 000 licenciés, 300 équipements municipaux, 390 agents dédiés à l'animation et à la gestion des infrastructures, et quelque 125 millions d'euros investis dans l'entretien ou la construction d'équipements. La ville compte aussi neuf clubs professionnels ou semi-professionnels, du FC Nantes au HBC Nantes en passant par les Corsaires, le Nantes Basket Hermine, le Nantes Métropole Futsal ou le Stade Nantais.
Un écosystème massif. Et pourtant, dans les programmes des candidats, le sport se retrouve souvent noyé dans des rubriques "culture" ou "jeunesse", quand il n'est pas tout simplement oublié.
Ce que disent (quand même) les programmes
À la lecture des programmes compilés par l'IFRAP, France 3 Pays de la Loire et la plateforme citoyenne pourquituvotes.fr, on peut trier les candidats en trois catégories : ceux qui ont un volet sport identifiable, ceux qui l'effleurent, et ceux qui n'en parlent pas du tout.
Johanna Rolland (PS/Écolos/PCF) est la plus précise. La maire sortante annonce un plan de rénovation des piscines existantes, la construction de piscines supplémentaires (la piscine des Dervallières, fermée pour travaux, doit rouvrir cet été), la création d'une salle de boxe à Nantes-Nord et celle de deux nouvelles maisons sport-santé. Un plan de rénovation des infrastructures sportives est aussi mentionné, sans détail de chiffrage. Côté bilan, la collectivité revendique 1,2 million d'euros d'aides annuelles au sport professionnel féminin.
Foulques Chombart de Lauwe (LR/MoDem/Horizons) met en avant la rénovation des gymnases, la mutualisation des équipements sportifs, le soutien au sport féminin et la rénovation de la piscine Léo-Lagrange. Des intentions lisibles, mais sans calendrier ni enveloppe budgétaire.
Mounir Belhamiti (Renaissance) propose un plan de rénovation sur 10 ans des infrastructures sportives, le développement d'activités de sport-santé gratuites pour les seniors, et le renforcement des activités sportives dans le cadre scolaire.
William Aucant (LFI) aborde le sport par l'angle social : ouverture expérimentale des infrastructures sportives en soirée, organisation d'une "Olympiade des quartiers nantais" et promotion de la pratique sportive à tous les niveaux. Pas de plan d'investissement sur les équipements.
Jean-Claude Hulot (RN), Margot Medkour (Nantes Populaire), le NPA et Lutte Ouvrière ? Rien. Aucune proposition sport identifiable dans les programmes rendus publics à ce jour.
Les vrais enjeux que personne ne pose
Derrière les quelques propositions repérées, des questions structurelles restent sans réponse.
Les créneaux en gymnase, d'abord. Avec 300 équipements pour 384 clubs, la pression sur les plannings est énorme. Les associations sportives le savent : obtenir un créneau régulier dans un gymnase municipal relève parfois du parcours du combattant, surtout dans les quartiers où la demande explose. Aucun candidat ne propose de mécanisme concret pour fluidifier l'accès.
L'état des piscines, ensuite. La piscine des Dervallières est en chantier. La Léo-Lagrange, dans le quartier Gloriette, a besoin d'une rénovation que Chombart de Lauwe promet et que Rolland inscrit dans un plan plus large. Mais combien faudra-t-il investir, et sur quel calendrier ? Le débat budgétaire reste absent.
Le sport féminin de haut niveau, surtout. C'est peut-être l'angle mort le plus criant de cette campagne. Ces dernières années, le sport féminin nantais a pris des coups sévères. Les Neptunes de Nantes, malgré des résultats solides sur le terrain, ont été reléguées administrativement en Ligue B et évoluent au complexe Mangin-Beaulieu sans la visibilité qu'elles méritent. Le Nantes Loire Féminin Handball évolue lui aussi dans des conditions modestes. Et puis il y a le paradoxe le plus frappant du sport nantais cette saison : les FC Nantes Féminines réalisent une saison extraordinaire en Arkema Première Ligue, pendant que l'équipe masculine joue la relégation à la Beaujoire. Les Canaries brillent, et pourtant elles peinent toujours à exister médiatiquement face à leurs homologues masculins. Quand on parle du "FC Nantes" dans cette campagne, personne ne pense aux filles. La Ville revendique 1,2 million d'euros de soutien au sport féminin pro, Chombart de Lauwe promet un "soutien au sport féminin" : reste à savoir ce que cela signifie concrètement, en termes d'équipements, de créneaux et d'accompagnement pour des clubs qui se battent chaque saison pour survivre.
Le sport professionnel masculin n'est pas en reste côté questions sans réponse. Le stade de la Beaujoire, propriété de Nantes Métropole, a bénéficié de 15 millions d'euros de travaux ces dernières années après l'abandon du projet YelloPark. Quel avenir pour cette enceinte vieillissante ? Le HBC Nantes, qui joue la Ligue des champions au Palais des Sports de Beaulieu (H Arena), porte le nom de la ville dans toute l'Europe, mais aucun candidat ne se positionne sur le soutien aux clubs de haut niveau ou sur la modernisation des salles qui les accueillent.
Le sport-santé, enfin. C'est le seul sujet sur lequel plusieurs listes convergent (Rolland, Belhamiti, Aucant). Nantes dispose déjà d'une animation sportive municipale dense, avec 86 éducateurs intervenant gratuitement dans les quartiers prioritaires. Mais l'ambition affichée de créer des "maisons sport-santé" mériterait un débat sur les moyens, les publics ciblés et la coordination avec les clubs existants. On en a déjà parlé ici pour les seniors : le besoin est réel, les réponses encore floues.
60 000 licenciés, zéro débat
Le sport nantais, c'est aussi un tissu associatif qui fait vivre les quartiers au quotidien. 115 disciplines pratiquées, des bénévoles par milliers, un Office Municipal du Sport qui fait le lien entre les clubs et la collectivité. Ce sont les éducateurs qui sortent les gamins des écrans le mercredi après-midi à Bellevue ou à Nantes-Nord. Ce sont les bénévoles qui tiennent la buvette le dimanche matin au bord d'un terrain de foot boueux.
Ce monde-là pèse peu dans les sondages, et les candidats l'ont bien compris. La sécurité polarise, le logement angoisse, les transports agacent. Le sport, lui, ne fait pas de vagues. Jusqu'au jour où un gymnase ferme pour vétusté, où une piscine reste sans maîtres-nageurs, ou quand un club de quartier met la clé sous la porte faute de subventions.
Dimanche 15 mars, 325 000 Nantais sont appelés aux urnes. Parmi eux, des dizaines de milliers de sportifs, licenciés ou pratiquants libres, qui attendent encore qu'on leur parle de leur quotidien.
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