Rémy Valin prolongé jusqu'en 2028 : comment le Nantes Basket Hermine construit pour durer
Nantes Basket HermineElite 214/02/2026 14:16 - Ludo Bonnet
Au lendemain de la victoire face à Rouen (107-85), la prolongation du coach nantais dit plus qu'un simple renouvellement de contrat. Elle raconte un projet de club qui prend forme, dans un environnement où la stabilité est devenue un luxe.
La nouvelle est presque passée inaperçue, noyée dans le festival offensif de vendredi soir à la Trocardière. Pourtant, c'est peut-être l'information la plus importante de la semaine pour le Nantes Basket Hermine : Rémy Valin est désormais lié au club jusqu'en 2028. Une saison supplémentaire qui, sur le papier, ressemble à une formalité. Dans les faits, elle verrouille une ligne directrice que le NBH cherchait depuis des années.
De pompier à bâtisseur : le parcours express de Valin à Nantes
Quand Rémy Valin débarque à Nantes fin octobre 2024, le contexte n'invite pas à l'optimisme. Le club est lanterne rouge d'Élite 2, Laurent Pluvy vient d'être remercié, et le vestiaire tourne à vide. Le technicien de 48 ans, passé par Évreux (élu meilleur coach de Pro B en 2013), Rouen, Denain (vainqueur de la Leaders Cup 2018) et Fos-sur-Mer, connaît la musique des sauvetages. Mais à Nantes, il pose rapidement d'autres ambitions que le simple maintien.
Dès avril 2025, une première prolongation le lie au club jusqu'en 2027. Huit mois plus tard, rebelote : le voilà engagé jusqu'en 2028. Deux extensions de contrat en moins d'un an, c'est suffisamment rare pour dire quelque chose. « Je suis content de ma prolongation. On est dans un projet avec des jeunes qui se développent avec nous. Quand tu regardes ma carrière, j'ai toujours été dans une logique de construction. Pour avoir des résultats, il faut de la continuité », confiait-il vendredi soir en conférence de presse, quelques minutes après la victoire face à Rouen. Le président Hubert Guillard ne dit pas autre chose : pour lui, la durée du contrat de l'entraîneur est un élément clé de la stratégie du club, « notamment vis-à-vis des jeunes ».
Un vestiaire qui se verrouille pour plusieurs saisons
La prolongation de Valin ne tombe pas du ciel. Elle s'inscrit dans une série de mouvements qui dessinent, bout à bout, la silhouette d'un projet cohérent. Le 12 février, soit la veille du match contre Rouen, le club officialisait la prolongation de Dylan Van Eyck jusqu'en 2027. Quelques semaines plus tôt, c'est Lucas Bourhis qui avait étendu son bail. Au total, six joueurs sont déjà sous contrat pour la saison 2026/2027, auxquels s'ajoute désormais le coach.
Ce n'est pas anodin dans une division où le turnover est la norme. Le NBH fait le pari inverse : fidéliser ses cadres, construire autour d'un noyau stable, miser sur la durée. « Dylan est une pièce prépondérante de notre équipe, tant sur le terrain qu'en dehors. C'est un vrai leader. Nous voulons construire, et ses valeurs représentent parfaitement ce que nous voulons mettre en place », expliquait Valin au moment d'annoncer la prolongation du Néerlandais. Côté joueur, Van Eyck ne cachait pas sa satisfaction d'avoir trouvé un point d'ancrage, lui qui avait porté les couleurs de Rouen de 2019 à 2024 avant de rallier la Loire.
L'autre pilier de cette construction, c'est la jeunesse. Avec une moyenne d'âge d'environ 25 ans, l'effectif nantais est l'un des plus jeunes d'Élite 2. Mathys Kangudia, 20 ans, s'est imposé comme le premier marqueur français de la division au premier semestre (16,3 points de moyenne) et Raphaël Boum, 18 ans, grappille du temps de jeu au sein du groupe professionnel. « Quand des joueurs prolongent aussi tôt, ça veut dire que ce qu'on est en train de faire parle aux joueurs. On sait qu'on est dans le vrai », insistait Valin vendredi soir.
Le dernier rescapé de la Trocardière
Pour mesurer ce que cette stabilité représente, il faut élargir le cadre. Parce que le Nantes Basket Hermine ne construit pas dans le vide : il construit dans un environnement où tout s'est écroulé autour de lui.
En trois ans, la métropole nantaise a vu disparaître quatre clubs professionnels en sports de salle. Le Nantes-Rezé Basket féminin, le NRMV (volley masculin, vainqueur de la Coupe de France 2024 avant sa liquidation judiciaire), les Neptunes handball et volley féminins, emportées par la chute de leur actionnaire principal Réalités, ont tous quitté le paysage professionnel entre 2021 et 2025. À la Trocardière, l'Hermine a perdu ses deux colocataires successifs. Le club est aujourd'hui le seul résident professionnel stable de la salle rezéenne.
Le contexte financier n'arrange rien. Fin 2024, la Région Pays de la Loire a taillé dans les subventions au sport professionnel dans le cadre d'un plan d'économies de 100 millions d'euros. Pour le NBH, les aides de la Région et du Département représentaient environ 120 000 euros, soit 4 % d'un budget global de 3 millions. Le club a été impacté, comme tous ses voisins. Le Saint-Nazaire VBA a perdu 100 000 euros, le HBC Nantes 140 000 euros de subventions régionales, les Corsaires de Nantes 20 000 euros du Département.
Dans ce paysage, le NBH affiche un budget prévisionnel de 3 millions d'euros pour 2025/2026, en légère baisse de 6 % par rapport à la saison précédente, avec une masse salariale de 819 000 euros — ce qui le place 14e sur 20 clubs en Élite 2. Loin, très loin des 5,75 millions de Pau-Lacq-Orthez (leader budgétaire de la division) ou des 5,25 millions d'Orléans. Autant dire que chaque euro doit être optimisé, et que la stratégie de fidélisation des joueurs et du staff prend ici un sens très concret : dans un championnat où l'argent ne coule pas à flot, la stabilité est un avantage compétitif.
Un projet lisible, et c'est déjà beaucoup
La présence de Johanna Rolland dans les tribunes vendredi soir n'est pas passée inaperçue. La maire de Nantes, candidate à sa succession aux municipales de 2026, a assisté à la victoire face à Rouen, un signe d'attention institutionnelle envers un club qui, dans le concert des sports collectifs nantais, fait figure de survivant discret.
Ali Rebouh, vice-président de Nantes Métropole délégué au sport de haut niveau, reconnaissait d'ailleurs à l'automne dernier la fragilité du modèle économique des clubs de la métropole. Le NBH a peut-être compris, mieux que d'autres, que la lisibilité d'un projet sportif : coach sécurisé, cadres prolongés, jeunes intégrés, identité de jeu claire, est un prérequis pour fidéliser les partenaires privés (141 clubs partenaires la saison dernière), remplir la salle (2 434 spectateurs de moyenne, en hausse de 11,5 %) et maintenir la confiance des collectivités.
Le NBH n'a plus disputé de playoffs depuis 2017, soit neuf saisons de disette. Avec un bilan de 12 victoires pour 11 défaites et un classement au 11e rang, la route vers le top 8 reste étroite cette saison. Mais ce qui se joue en coulisses, les prolongations en cascade, le rajeunissement de l'effectif, l'ancrage du projet dans la durée, dessine autre chose qu'une simple course au maintien. Reste à transformer cette ambition structurelle en résultats sur le parquet. Le déplacement à Pau mardi sera un bon test de cohérence.
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